Irak, USA et le Nouvel Ordre Mondial (1990-1991)
Pour comprendre l'histoire contemporaine de l'Iran, de l'Irak, les relations de l'occident avec le monde arabe et la guerre contre le terrorisme, voici un autre volet géopolitique centré cette fois-ci sur la crise du Golfe ou la guerre du Golfe 2. Le premier volet porte sur la guerre du Golfe opposant l'Irak à l'Iran, le second sur l'Afghanistan, le troisième que voici, et le quatrième volet concerne l'élection de George W. Bush en 2000.
La crise du Golfe (1990-1991)
A l'issue de la guerre régionale
l'ayant opposé à
l’Iran, le régime de Saddam Hussein se retrouva endetté à hauteur de 40 milliards
de dollars envers les nations non arabes et 35 milliards de
dollars envers les monarchies du Golfe1.
Son économie, basée essentiellement sur les
exportations de pétrole, fonctionnait au ralenti à cause des
nombreux dégâts occasionnés sur ses installations pétrolières.
La guerre contre l’Iran avait transformé l’un des pays les plus
riches du tiers-monde en un trou financier causé par l’accumulation
de prêts et de crédits accordés
par les puissances étrangères et les monarchies du Golfe. Pour ces
raisons, Saddam Hussein décida de se tourner vers le Koweït, son
plus important créancier, qui l'avait déjà soutenu financièrement
avec l'Arabie Saoudite lors du conflit contre l'Iran, afin d'obtenir
un report de sa dette. Étrangement,
le Koweït répondit par la négative. De plus, l'Irak revendiquait l’exclusivité de la zone pétrolière de Rumaylah, près de la
frontière koweïtienne, mais aussi la location des îles de Bubiyan
et Warbah, dans le golfe Persique, afin de sécuriser les terminaux
situés près de la frontière iranienne en les transférant2.
Ce différend territorial remonte à
l’époque du protectorat britannique en Irak puisque c’est la
Grande-Bretagne qui dessina les frontières du petit émirat
koweïtien à la fin du XIXe siècle. En 1961, le Koweït
acquit son indépendance, contestée par Bagdad. Il était difficile
pour les dirigeants irakiens d’admettre qu’un étranger, en
l’occurrence une ancienne puissance coloniale, puisse avoir le
privilège de vous ôter une partie de votre territoire, riche en
ressources naturelles de surcroît.
En 2003, le Koweït détenait la 4ème
réserve d’or noir prouvée au monde, derrière l’Arabie
Saoudite, l’Iran et l’Irak3.
Tout comme la France qui récupéra l'Alsace-Lorraine en 1945, l'Irak
désirait la réintégration du Koweït afin de récupérer son or noir et son accès
d'antan aux eaux territoriales du golfe Persique.
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Les plus importantes réserves énergétiques de l'Irak se situent au nord-est (présence kurde) et au sud-est (proche de la frontière koweïtienne). |
Le 17 juillet 1990, Saddam Hussein fit
une intervention télévisée dans laquelle il déclara que l’Irak
était la cible d’une guerre économique de la part de ses voisins,
à savoir le Koweït et les Emirats arabes unis. Saddam Hussein se
plaignit de la chute des cours du pétrole, dénonçant un complot
impérialiste. Les premiers mots de Bagdad au sujet de cette
variation du prix du baril, initiée au mois d'avril, furent
formulés au mois de mai 1990.
Le
Premier ministre Tareq Aziz dénonça lui aussi la surproduction de pétrole au sein de l'OPEP4.
A la lueur des faits, le complot envers l’Irak dont Saddam Hussein
accusait l’Occident n’avait rien d’une crise paranoïaque. En
effet, un état aussi minuscule que le Koweït n’aurait jamais pu
entreprendre pareille politique de déstabilisation s’il n’avait
pas reçu l’assurance du soutien des grandes puissances.
Au
mois de janvier 1990, le prix du baril était de 22 dollars, il chuta
à 14 dollars au mois d’avril suite à la surproduction de certains
pays voisins5.
Selon le principe de l’offre et de la demande, une offre
excédentaire, donc non régulée dans le cas du pétrole, débouche
sur une baisse du prix du baril. Le Koweït et les Emirats Arabes
Unis en augmentant leur production, et de manière intrinsèque
l’offre sur le marché, entraînèrent une baisse des cours du
baril de pétrole. Les nations concernées ne pouvaient ignorer les
conséquences de ce choix politique.
Parallèlement, aux États-Unis, le
président George H.W. Bush avait baissé dans les sondages d'opinion
depuis sa décision d'augmenter les impôts au mois de juillet 1990.
Sa cote de popularité qui était de 80% au mois de janvier après
l'opération Juste Cause au Panama, dégringolait à 60% au
mois de juillet, suite à la
rupture de sa promesse électorale : « read
my lips : no new taxes »6.
Il fallait relancer la machine présidentielle avec une nouvelle
intervention militaire après celle du Panama.
Un
autre facteur contribua aux velléités guerrières des américains,
celui de la fin de la guerre Froide symbolisé par le retrait de
l’armée soviétique d’Afghanistan le 15 février 1989 et la
chute du mur de Berlin le 9 Novembre 1989 ; les États-Unis
n’avaient alors plus aucune justification à fournir au Congrès
pour maintenir leur augmentation constante du budget de la Défense.
Washington devait impérativement trouver une
nouvelle menace mettant en péril la sécurité nationale (mondiale).
Le président Bush, fortement lié au complexe militaro-industriel et
au lobby pétrolier, pouvait arranger cette situation avec une
intervention militaire américaine en Irak, permettant de stabiliser
voire d'augmenter le budget de la Défense (DoD), et par la même
occasion s’offrir un regain de popularité en exploitant
l’événement médiatiquement. D'ailleurs la crise du Golfe ou la
guerre du Golfe 2 fut la première guerre télévisée.
Le petit émirat koweïtien ainsi que
les Emirats arabes unis continuaient d'augmenter leur production de
pétrole, ceci dans l'unique but de saboter la reprise économique du
régime de Saddam Hussein, éreinté par 8 années d’une guerre
inutile contre l’Iran sauf pour les intérêts occidentaux. Le
Koweït resta campé sur ses positions, aucune concession n’était
envisageable. Une nouvelle fois Bagdad se tourna vers l'OPEP, seule
organisation habilitée à prendre des mesures dans un tel contexte.
Depuis 1989, le prix du baril avait été fixé à 18 $ par l’OPEP9.
Entre les 25 et 27 juillet, après une réunion exceptionnelle de
l'OPEP à Genève, l'Irak obtint un plafonnement du prix du baril à
21 $ alors qu’il avait escompté 25 $. Mais ce compromis restait
toujours insuffisant pour contenter les besoins immédiats irakiens
et ainsi combler les pertes abyssales déjà enregistrées depuis le
début de l’année 1990.
Selon
les données recueillies par l’imagerie américaine, les troupes
irakiennes commencèrent leur mouvement au Nord de la frontière
koweitienne à partir du 21 juillet7.
Puis, le 24 juillet, les troupes de l’armée irakienne étaient
positionnées près de la frontière koweïtienne. Le lendemain,
April Glaspie, ambassadrice des Etats-Unis en
Irak, eut un entretien avec le président irakien. Elle lui concéda
que les Etats-Unis ne s'intéressaient guère aux problèmes
arabo-arabes, intrinsèquement ils ne
s'opposeraient donc pas à une invasion du Koweït8.
Moins d’une
semaine après, les troupes de Saddam Hussein envahissaient le Koweït. Les Etats-Unis manifestèrent instantanément leur désapprobation.
Ce contexte profitait aux desseins du
président Bush et du complexe militaro-industriel, il allait
permettre de convaincre le Congrès américain de la nécessité
d'une intervention en Irak. L'intervention américaine se déroula en
2 grandes phases : les bombardements puis l’intervention
militaire au sol ; précédées par des simulacres de
négociations. Mais le président George Herbert Walker Bush ne
voulait rien concéder à son ancien allié Saddam Hussein.
Un
officier de la CIA (NIO) chargé des affaires au Proche-Orient et au
Sud-Est asiatique répondait le 3 mars 1989 aux
questions soulevées par la National Security Review-10. Le sujet
portait sur « La politique U.S. envers le golfe Persique ».
Ce rapport n'était qu'un préliminaire à la préparation
d’un meeting du Conseil de la Sécurité Nationale (NSC)
prévu pour le 7 mars10. Les réponses fournies par
ce document sont troublantes et contrastent singulièrement avec la
diplomatie pratiquée par l’ambassadrice américaine April Glaspie
à la fin du mois de juillet 1990. En tout, 6 problèmes furent posés
par le Conseil de la Sécurité Nationale (NSC), dont voici 3
exemples ci-dessous :
De quelle manière la fin de la guerre
entre l’Iran et l’Irak, et le retrait de l’ex-URSS
d’Afghanistan, affectent-ils les intérêts politiques,
économiques, et stratégiques des États-Unis ?
Le NIO, s’exprimant au nom de la CIA,
« pense qu’un nouvel ordre régional a émergé dans le
golfe Persique », il « devrait réduire les
hostilités pendant au moins les 2 prochaines années ».
Dans ce nouvel ordre régional, aucun « État du golfe
Persique n’est en mesure de dominer la région »,
l’« attention et les ressources de la plupart des
nations » étrangères seront concentrées sur « les
problèmes économiques et politiques internes » du golfe
Persique. De plus, « les États jugent inutile le soutien
d’un gendarme étranger » . En 1989, l'Irak ne
représentait donc pas un danger imminent. Cependant, « les
disputes territoriales entre l’Irak et le Koweït posent également
une sérieuse menace pouvant déboucher sur des requêtes, pour une
augmentation de la présence américaine, émanant des États arabes
du golfe, afin de garantir la sécurité » de la région du
golfe Persique.
Ainsi, le 3 mars 1989, cet analyste de
la CIA avait prédit la probable date de rupture de la paix dans le
golfe Persique, le motif, et les deux protagonistes du conflit.
Quelles sont les prévisions concernant
le degré de prolifération des armes chimiques, biologiques et
nucléaires ?
La CIA avait une connaissance
relativement pointue de tous ces programmes. Pourtant l'analyste de
la CIA ne fait mention d’aucune observation concernant les armes
biologiques à moins que le passage concerné ait été caviardé.
Rappelons que le rapport Riegle (1994) a démontré l’ampleur des
ventes de précurseurs et autres agents biologiques à l’Irak
durant les années 1980. Au niveau nucléaire, l’Irak poursuivait
ses efforts, et s’agissant du programme chimique il était à
l'époque « le plus avancé du Moyen-Orient ». En
résumé, l’Irak poursuivait ses efforts pour « maintenir
son avantage stratégique sur l’Iran et développer la dissuasion
envers Israël ».
A quel comportement devons-nous nous
attendre de la part de l’Irak, au lendemain de sa guerre contre
l’Iran ?
Dans une dernière prédiction, le NIO
voyait l’Irak faire pression « intensément sur le Koweït
pour le contrôle stratégique des îles koweïtiennes de Bubyian et
Warbah ». Un meilleur accès aux eaux du golfe Persique
avait toujours été le souhait de Saddam Hussein. Depuis la guerre
contre l’Iran, ce désir était devenu nécessité, car l’Irak
aurait pu apporter une meilleure protection aux ports d’Umm Qasr et
Khawr Az Zubayr.
Cette analyse de la CIA datée au 3
mars 1989, destinée à un usage interne, fut transmise au NSC, au
département d’Etat, au Pentagone, au département de l’Energie,
à la base aérienne de Bolling à Washington, à la National
Security Agency (NSA), ainsi qu’au service secret du département
d’Etat (INR). Toute la chaîne de commandement américaine avait pu
prendre connaissance de l'existence de ce document et de son contenu.
Le 2 août 1990, à l'aube, l'Irak
franchissait la frontière koweïtienne ; l'invasion débutait,
la réaction de Washington fut immédiate. Un cabinet de crise fut
formé composé du secrétaire d'Etat James Baker, du secrétaire de
la Défense Dick Cheney, du chef du NSC Brent Scowcroft, du chef de
l’Etat-major interarmées, le général Colin Powell, et du
responsable du CENTCOM, le général Norman Schwarzkopf, commandant
en chef des troupes alliées dans le golfe. Ce dernier avait
étroitement travaillé avec le général Vessey lors de l’opération
Urgent Fury à la Grenade en 198311. Le
Central Command, ou CENTCOM, créé en 1983, a la charge de planifier
le déploiement des forces armées américaines en cas de conflit
dans la région du Moyen-Orient,
en Afrique de l’Est et en Asie Centrale12.
Le jour
même de l'invasion irakienne, le Conseil de sécurité de l'ONU
condamna unanimement l'agression de l'Irak, par la résolution 660,
en réclamant le retrait immédiat des troupes. Le Yémen fut la
seule nation à s’abstenir de voter. Selon les recommandations de
cette résolution, l'Irak devait reprendre les pourparlers afin de
trouver une issue diplomatique au conflit l’opposant au Koweït.
C’était pourtant ce qu’avait tenté l’Irak, sans résultats,
avant l’invasion de l’émirat. Dans les jours qui suivirent,
Saddam Hussein entreprit systématiquement de faire prisonniers les
ressortissants étrangers sur le sol irakien et koweitien… c'était
sa manière de négocier.
Le 6 août, la résolution 661
sanctionna l'Irak et le Koweït avec un embargo économique
international13. Les 170 pays membres de l'ONU
devaient veiller à ce qu'aucun produit ne transite vers l'Irak et le
Koweït tant que les troupes irakiennes n'étaient pas revenues au
statu quo. A l'origine de ce projet visant à sanctionner et à
isoler l'Irak : les anglo-américains.
Le 7 Août, le président Bush ordonna
le déploiement du Bouclier du Désert (opération Desert
Shield), l'objectif était de défendre l'Arabie Saoudite d'une
éventuelle et hypothétique offensive irakienne14.
Le chef d’Etat-major interarmées, Colin Powell, attesta du danger
imminent à la frontière saoudienne grâce à des
images satellite classifiées du Pentagone au mois de septembre
1990 ; au mois d’octobre, le président Bush prit secrètement
la décision de doubler les effectifs !
Les
clichés de Colin Powell étaient censés illustrer la mobilisation
de l’armée irakienne le long de la frontière saoudienne, avec la
présence d’environ 1.500 tanks et 250.000 militaires irakiens. Or
cette affirmation fut totalement discréditée quelques mois après,
lorsque le St. Petersburg Times, un journal basé en Floride,
se procura des images satellite
commerciales du même emplacement, à la même période, montrant
qu’il n’y avait aucune force irakienne positionnée à la
frontière irako-saoudienne15.
L’information en temps de guerre revêt une importance vitale et
les mensonges de ce genre sont lourds de conséquences et
malheureusement ce ne fut pas un cas isolé lors de ce conflit. Le 5
septembre, le quotidien britannique Daily
Telegraph
publia une nouvelle au sujet de nourrissons qui auraient été
assassinés par des soldats irakiens au Koweït. Pour obtenir l’aval
du Congrès américain, l’Administration Bush se servit de cette
opportunité. Le 14 octobre, une jeune koweïtienne prénommée
« Nayirah »
(aka Nijirah al-Sabah) témoigna devant la Commission des droits de
l’homme du Parlement américain. Grelottante et reniflant, elle
déclara que durant l’occupation du Koweït,
des bébés, maintenus dans des couveuses, avaient été jetés à
terre par l’armée irakienne désireuse de s’emparer des
incubateurs16. La jeune fille en question, âgée
de 15 ans, n’était autre que la fille de l’ambassadeur du Koweït
aux Etats-Unis17. Nul doute que le régime de
Saddam Hussein avait commis des atrocités mais cette histoire, la
plus sensationnelle à l’époque, fut matraquée par les médias,
les politiciens, et le président George Herbert Walker Bush.
L’allégation, à force d’être formulée, était devenue
véridique aux yeux de l’opinion. Amnesty
International
confirma à posteriori l'information puis se rétracta mais trop
tardivement. La manœuvre fonctionna puisque le 12 janvier 1991,
l’Administration Bush obtint l’accord du Congrès de recourir à
l'usage de la force en Irak (S.J.RES.2), avec une marge minime du
côté du Sénat, 52 pour et 47 contre.
La crise du Golfe, ou la deuxième
guerre du Golfe, était historique pour les Etats-Unis puisque nous
assistions à leur plus gros déploiement de force hors de leur
territoire depuis le Vietnam. Le 9 août, la résolution 662 fut
adoptée, cette mesure fut préparée par les 6 monarchies du Golfe
(GCC), même Cuba et le Yémen votèrent en sa faveur18.
Ce texte renforçait la résolution 660 qui déplorait l'annexion du
Koweït et réclamait le retour du gouvernement légitime du Koweït.
Le 12 août, à travers une émission télévisée irakienne, Saddam
Hussein déclara qu'un autre arrangement pouvait être envisagé pour
le Koweït, à condition qu'Israël se retire de Palestine ainsi que
la Syrie du Liban. Washington et Tel-Aviv refusèrent cette
proposition qui, selon eux, avait toute l'apparence d'une opération
de propagande pour détourner et focaliser l'attention sur des
différends ne concernant pas l'Irak. Mais les faits démontraient la
dangerosité des propos tenus par Saddam Hussein puisque depuis des
décennies, Israël violait - et viole encore - des résolutions du
Conseil de sécurité de l’ONU au sujet des territoires occupés en
Palestine, sans oublier l’intervention et
l’occupation illégitime du Liban par la Syrie depuis 1976.
Le 16 août, Saddam Hussein clama :
« Les koweïtiens sont des irakiens depuis des
millénaires ». Le lendemain, le Conseil de sécurité de
l'ONU vota à l'unanimité la résolution 664 exigeant le départ de
tous les nationaux des Etats tiers présents en Irak et au Koweït19.
Dans le même temps, Bagdad réclama la levée de l'embargo qui
allait faire dépérir toute la population civile, aussi bien les
étrangers que les irakiens et les koweitiens. Et, si le président
Bush retirait ses troupes du Golfe alors Saddam Hussein s'engageait à
libérer tous les otages. La Maison-Blanche rejeta cette proposition,
qualifiée à nouveau de propagande. Pourtant l'histoire démontra
que Saddam Hussein avait libéré tous les otages sans aucune
contrepartie.
Le 18 août, Saddam Hussein, celui
qu'on appelait aussi « le Raïs », décida
d'utiliser les ressortissants étrangers, uniquement ceux dont les
nations étaient agressives, en tant que bouclier humain, à des
endroits jugés stratégiques, ceci pour contrer le Pentagone et son
Bouclier du Désert déployé dans les 6 monarchies du Golfe.
Durant cette période, le président Bush compara Saddam Hussein à
Adolf Hitler lorsqu'il avait envahit la Pologne20.
Les relations entretenues par Washington avec le régime de Saddam
Hussein pendant les années 1980 semblaient bien lointaines. L'ancien
partenaire de Washington était soudainement devenu un être
indésirable comparable à la bête hitlérienne.
Le 20 août, le président Bush formula
la directive de sécurité nationale n°45 qui préconisait un
durcissement de la politique des Etats-Unis21. Le
22 août, le président Bush autorisa l'envoi supplémentaire de
réservistes afin de renforcer les troupes déjà en place dans le
Golfe. Le jour suivant, Bagdad sonnait l'alarme, laissant 24 heures
aux Occidentaux pour fermer leurs ambassades au Koweït. Ce jour-là,
Saddam Hussein fit une apparition à la télévision américaine via
la chaîne CNN avec, à ses cotés, des otages ; son message
appelait à la négociation. Le 24 août, les troupes irakiennes
prirent position autour des ambassades qui n'avaient pas encore été
évacuées, elles coupèrent l'eau, l'électricité et les lignes
téléphoniques.
Le 25 août, le Conseil de sécurité de l'ONU adopta la résolution 665, Yémen et Cuba s'abstenant. La résolution 665 avait pour but de faire respecter les mesures prises dans la résolution 66122 au sujet de l’embargo notamment maritime. Bagdad demanda officiellement aux commandants de ses navires de ne pas affronter le blocus occidental. Le 28 août, Saddam Hussein proclama par décret le Koweït « province de l'Irak » puis prétendit être prêt pour un dialogue. Le 29 août, Bagdad annonça le rationnement de diverses denrées à la population irakienne, en conséquence des effets du blocus international. Le 30 août, le président Bush réclama un soutien économique international pour régler les frais de l'opération Desert Shield. Le 2 septembre, Saddam Hussein relâcha plusieurs otages, particulièrement les femmes et les enfants. Le 9 septembre, Washington et Moscou décidèrent de coopérer pour permettre au Koweït de retrouver son indépendance. Le 13 septembre, l'armée irakienne entreprit des fouilles dans les ambassades de Koweït City afin d'y débusquer d'éventuels ressortissants. Le 14 septembre, le Conseil de sécurité de l'ONU vota la résolution 666 relative à une possible aide humanitaire en cas d'extrême nécessité, supervisée par l'ONU et le Comité International de la Croix Rouge (CICR)23.
Les jours défilaient, au Koweït les
pillages, les saccages, les exécutions sommaires s'accumulèrent. Le
16 septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU condamnait
énergiquement l'Irak, par le biais de la résolution 667, pour son
attitude envers les diplomates ainsi que les ressortissants étrangers
et exigeait leur libération et la réouverture des ambassades24.
Le 20 septembre, Saddam Hussein menaça de détruire tous les champs
pétrolifères si l'Irak était attaqué. Le 25 septembre, le Conseil
de sécurité de l’ONU décréta un embargo aérien sur l'Irak à
travers la résolution 670, par 14 voix contre 1, celle de Cuba25.
Seule l'aide humanitaire, si elle s'avérait nécessaire, pourrait
emprunter le réseau aérien. Le 16 octobre eut lieu aux Etats-Unis
la première manifestation pacifiste, mais la majorité de la
population soutenait et approuvait les actions du président Bush.
Pendant ce temps, l'opération Desert
Shield suivait son cours, le déploiement des forces américaines
de la coalition dans le Golfe était continuel. le Pentagone
envisageait l'envoi de GI's supplémentaires d'ici la fin de l'année
1990. Le 29 octobre, le Conseil de sécurité de l’ONU adopta la
résolution 674 renforçant la résolution 667 qui condamnait les
agissements irakiens au Koweït et les rendait responsable des
réparations et des indemnisations engendrées par l’invasion du
Koweït26. Le 18 novembre, Bagdad annonça la
libération imminente de la totalité des otages avec une porte de
sortie prévue entre les 25 décembre et 25 janvier.
Le 28 novembre, le Conseil de sécurité
de l’ONU condamnait l'Irak par la résolution 677, suite à ses
tentatives de modification et de destruction de l'État civil
koweïtien27. La réaction internationale qui
suivit fut historique pour l'ONU. Le 29
novembre, le Conseil de sécurité de l’ONU vota la résolution
678, afin de faire appliquer les mesures de la résolution 660 en
usant « de tous les moyens
nécessaires ». Cet ultimatum
mettait fin aux tractations diplomatiques et fut fixé au 15 janvier
1991, à minuit. Cuba et le Yémen s’opposèrent à la résolution
678, et la Chine, membre permanent du Conseil, s’abstint28.
Le 2 décembre, selon le programme de
détection par satellite mis en place par la Défense (Iraq Regional
Intelligence Task Force) et géré par la DIA29
Saddam Hussein testa 3 missiles Scud. Le 6 décembre,
surprenant l'opinion internationale par son honnêteté, Saddam
Hussein entreprit de faire libérer l’ensemble des otages, utilisés
alors comme bouclier humain, et il présenta ses excuses pour les
mauvais traitements dont ils auraient pu être victimes. A cet
instant, le monde pensait entrevoir une lueur d'espoir. Mais le 16
décembre, le président Bush confirma son intention de frapper
l'Irak si la situation restait inchangée au Koweït.
Durant cette période qui s’écoula
jusqu'à l'ultimatum du 15 janvier 1991, les tentatives de dialogue
échouèrent car ni l’une ni l’autre des parties ne voulaient
infléchir son discours. Saddam Hussein resta dans l'optique de
traiter tous les conflits du Moyen-Orient dans une même prérogative
alors que pour Washington il était hors de question de résoudre à
la fois l'invasion du Koweït et le problème israélo-palestinien.
Dans ce conflit, Yasser Arafat avait toujours soutenu la position de
Saddam Hussein, à l'instar de la Tunisie, l'Algérie, la Libye, le
Soudan et Cuba. La position du Koweït resta immuable, inflexible, il
ne voulait ni plus ni moins que l'application des résolutions du
Conseil de sécurité de l'ONU.
De l'autre côté du continent, le
Congrès américain avait autorisé le président George H.W. Bush à
utiliser la force militaire contre l'Irak, comme défini dans la
résolution 678 du Conseil de sécurité de l'ONU. Le Congrès vota à
une majorité de 250 voix contre 183 à la Chambre des représentants
et de 52 voix contre 47, avec une abstention, au Sénat30.
Le compte à rebours annonçait J-2 avant le grand show américain.
Ce jour-là, en Irak, Saddam Hussein déclara encore que la
résolution de ce conflit passait par la restitution de la Palestine
et des droits arabes spoliés. J-1 avant la seconde phase,
l'intervention militaire des américains sur le sol irakien connue
sous le nom de code : opération Desert Storm ouTempête du Désert.
Sur les 660.000 soldats déployés sur
le terrain opérationnel, il y aurait eu environ 500.000 GI's (75%)
et 160.000 soldats alliés (25%) face à 610.000 soldats
irakiens dans le Golfe dont une centaine de milliers de la Garde
Républicaine irakienne, l'élite de l'armée31.
Les américains allaient pouvoir utiliser ou tester tout leur arsenal
militaire : bombes à effet de souffle, bombes à guidage laser,
uranium appauvri, napalm, cluster bombs. Ceci dans l'unique but de
démontrer au monde entier, comme cela avait été fait à la fin de
la Seconde guerre mondiale à Nagasaki et Hiroshima, qu'ils étaient
la puissance incontournable à la fin de la guerre Froide.
Le président George H.W. Bush et ses acolytes allaient promouvoir le
« Nouvel Ordre Mondial ».
![]() |
Le 11 septembre 1990, lors d'un discours au Congrès, le président Bush intronisa le concept de Nouvel Ordre Mondial. ("...a new world order can emerge a new era..."). |
L'opération Desert Storm débuta
officieusement le 15 janvier 1991 par des patrouilles de F-117
Nighthawk afin de tester les radars et les défenses antiaériennes
de l'Irak. Le F-117, un avion de type furtif avec un design pour le
moins unique, est également capable de larguer des bombes. Une arme
meurtrière produite par Lockheed Martin Corporation. Ce même
jour, le président Bush et le NSC adoptèrent la directive de
sécurité nationale n°54 qui définissait les différents axes de
la politique d'intervention des États-Unis dans le Golfe. Son
principal objectif était de contraindre Saddam Hussein, par la
force, à respecter les résolutions du Conseil de sécurité de
l'ONU adoptées depuis l'invasion du Koweït, le 2 août 1990, et
plus particulièrement les résolutions 660 et 662, relatives au
retrait des troupes irakiennes du Koweït32. Pour
l'accomplissement de cette mission, l'armée américaine et la
coalition devaient remplir les objectifs suivants selon la directive
de sécurité nationale n°54 :
- Défendre l'Arabie Saoudite et les autres états membres du GCC contre toute attaque irakienne.
- Empêcher ou prévenir tout lancement de missile balistique irakien contre ses voisins ou les forces alliées.
- Détruire le potentiel chimique, biologique et nucléaire irakien.
- Détruire les centres vitaux de commandement, de contrôle et de communication de l'Irak.
- Eliminer la Garde Républicaine.
- Diriger une opération pour extirper les forces irakiennes hors du Koweït ainsi qu'une opération de propagande de déstabilisation contre Saddam Hussein pour entraîner son renversement.
Tous les moyens raisonnables et
nécessaires devaient être mis en œuvre afin de minimiser les
pertes des États-Unis et de la coalition, de limiter les dommages
collatéraux dus aux assauts militaires et prendre des précautions
spécifiques pour réduire le nombre des pertes civiles. La directive
de sécurité nationale n°54 notifiait que les États-Unis
reconnaissaient les frontières de l'Irak et n'avaient aucune
intention de les modifier. Enfin, si et seulement si l'Irak venait à
utiliser des armes non conventionnelles - chimiques, biologiques,
nucléaires - ou si Saddam Hussein commanditait des attentats contre
les pays membres de la coalition, ou encore s'il détruisait les
champs pétrolifères du Koweït, alors la nécessité de remplacer
le président de l’Irak deviendrait une évidence pour sauvegarder
les intérêts des États-Unis. Saddam Hussein avait donc
implicitement le droit de massacrer des civils irakiens, de brûler
des puits de pétrole irakiens et d’utiliser des armes
conventionnelles de destruction massive. De la théorie à la
pratique, nous avons vu que Saddam Hussein avait utilisé à
plusieurs reprises des armes chimiques dans le précédent conflit
contre son voisin iranien. Il ne fut alors jamais question de le
remplacer.
Les premiers bombardements débutèrent
dans la soirée du 16 janvier 1991. Le lendemain, officiellement,
l'armée de l'air américaine lança l'opération Desert Storm
avec l’appui des forces de la coalition. Le ballet morbide et
incessant des bombardements pouvait commencer avec les bombardiers
B-52, F-117, F-111s, les avions de combat F-15 Eagle et les missiles
de croisière Tomahawk lancés à partir de la flotte navale
américaine.
Le 29 janvier, les États-Unis
repoussaient pour la troisième fois, avec l'accord de leurs alliés,
un débat sur la guerre au Conseil de sécurité de l'ONU sous
l'impulsion de l'Union du Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc, Libye et
Mauritanie). Ce même jour eut lieu la première bataille terrestre,
des irakiens attaquèrent Khafji en Arabie Saoudite33.
Deux jours plus tard les forces de la coalition reprenaient le
dessus, non sans mal, en dépit des propos arrogants prononcés par
le général Norman Schwarzkopf, chef de la coalition, qui avait
comparé l'attaque irakienne à une piqûre de moustique sur un
éléphant34. Lors de cette première bataille, un
soldat irakien avait tout de même abattu un avion américain
(gunship AC-130) avec un missile anti-aérien, tuant les 14
membres de l'équipage.
Pendant ce temps, la vie peuple irakien
se dégradait à vue d’œil, le rythme des raids aériens ne
cessait d'augmenter. L'hiver était présent et il n'y avait plus
d'eau, ni électricité, ni gaz, sans compter toutes les pénuries
alimentaires.
Les premiers objectifs de la coalition
furent remplis après plus de 112.000 sorties aériennes et le
largage d'environ 87.000 tonnes de munitions, en date du 22 février
199135. Ce jour-là, Washington lança un ultimatum
à Bagdad, lui intimant le respect, et ceci sans conditions, de
toutes les résolutions de l'ONU ; dans le cas contraire,
l'offensive terrestre aurait pour mission de libérer le Koweït.
L'offensive terrestre débuta le 24
février et s'acheva le 28 février sur ordre du président Bush ;
cette période fut surnommée « la guerre des Cent Heures ».
Et le cessez-le-feu ordonné par la résolution 686 du Conseil de
sécurité de l'ONU fut officiellement effectif le 3 mars36.
Cette décision arriva abruptement alors que les forces de la
coalition étaient en mesure de mettre définitivement hors d’état
de nuire le régime de Saddam Hussein. Nous pouvons expliquer ce
choix comme la conséquence des manifestations de la population
civile irakienne - remontant au 26 février, avant la résolution 686
- et qui réclamait le départ du Raïs. N’est-ce pas ce qu'avait
souhaité le président George H.W. Bush, dans un appel adressé au
peuple irakien le 15 février ? Finalement, George H.W. Bush
ordonna au général Colin Powell de faire cesser les hostilités, ce
dernier transmit cet ordre présidentel au général Schwarzkopf.
Mais Saddam
Hussein ne fut pas déchu de son pouvoir, l’armée américaine lui
fit même grâce de plusieurs dizaines de milliers de soldats issus
de la Garde républicaine irakienne ainsi que d’équipements
militaires. Les troupes de Saddam Hussein étaient alors isolées
dans leur dernier bastion à Bassora, cernées par les forces de la
coalition qui les laissèrent prendre la fuite. Saddam Hussein
put faire face aux soulèvements insurrectionnels du 1er
mars, immédiatement après la guerre, partant du Sud avec les
chiites et s’étendant jusqu'au Nord avec les kurdes. Dans le cas
des chiites, l’armée américaine les empêcha de rallier Bagdad
pour lancer la révolte et ils furent contraints, parfois sous la
menace, de revenir sur leurs pas pour ensuite être victimes de
gazage ou des tirs de l’armée irakienne qui enterra les corps des
victimes dans des charniers. En revanche les kurdes purent être
« protégés » assez rapidement grâce à des
Occidentaux qui filmèrent les réfugiés kurdes délaissant leur
village dans le désordre général pour aller s’abriter dans les
montagnes. A la suite de cette médiatisation, le président George
H.W. Bush, sous la pression et devant le fait accompli, décida de
créer une zone aérienne destinée à protéger la minorité kurde
au Nord de l’Irak, comme défini dans le texte de la résolution
688 du 5 avril 199137. Cette résolution ne faisait
pourtant aucune mention de la mise en place d’une zone d’exclusion
aérienne mais condamnait l’Irak, en lui demandant de cesser la
répression à l’encontre de la population civile, notamment les
kurdes au Nord du pays, et appelait tous les États membres à
contribuer aux efforts humanitaires. La décision fut prise
unilatéralement par les Etats-Unis, en la personne du président
Bush, soutenus par la Grande-Bretagne et partiellement par la France
qui se retira en 1996.
L’opération militaire visant à
sécuriser la zone au Nord de l’Irak, pour le bon acheminement de
l’aide humanitaire, débuta au mois d'avril 1991, un mois après
les premiers soulèvements en Irak. Elle est connue sous le nom de
code Provide Comfort, puis par la suite Northern Watch38.
Le même type d’opération fut mis en place plus tardivement pour
la partie Sud de l’Irak avec les chiites, le 27 août 1992 :
opération Southern Watch39. Le massacre des
chiites se déroula sous les yeux du général Schwarzkopf qui permit
aux hommes de Saddam Hussein, lors d’une rencontre à Safouan, en
Irak, au mois de mars – rencontre qui concernait les conditions du
cessez-le-feu - d’utiliser leurs hélicoptères pour accomplir l’un
des plus importants crimes contre l’humanité du règne de Saddam
Hussein, venant s’ajouter à la catastrophe d’Halabja en 1988 et
à la campagne Al Anfal.
La seconde guerre du Golfe fut à
l’origine du déploiement du plus gros contingent militaire
américain depuis le Vietnam ; le nombre de tonnes de bombes
larguées en quelque 40 jours est équivalent à la puissance de 7,5
Hiroshima, pour un total de victimes irakiennes évaluées à 75.000
morts40. Ce déploiement de force était nécessaire
pour terrasser la 4e puissance militaire du monde à
l’époque, selon les spécialistes américains notamment ceux du
département de la Défense, alors que l’Irak était passablement
usé, avec une économie en déroute, après 8 années de guerre
contre l’Iran.
Cependant, il est certain que l’Irak
avait acquis une forte capacité militaire, à un niveau
régional, puisqu’il était devenu le premier importateur
d’armes entre 1982 et 198741, mais l’Irak se
trouvait forcément en retrait par rapport aux 7 puissances
nucléaires, et plus encore des membres permanents du Conseil de
sécurité de l’ONU. Le conflit opposant l’Irak à l’Iran fut
de longue haleine et la victoire irakienne, à la fin des années
1980, fut le résultat du soutien occidental, non d’une
hypothétique puissance militaire impérialiste en devenir.
En exploitant cette crise du Golfe, le
chef tout puissant de la coalition, le président George H.W. Bush,
permit aux États-Unis d’installer des bases américaines dans les
monarchies du Golfe, en Arabie Saoudite, au Qatar, au Koweït, à
Bahreïn, à Oman et dans les Emirats arabes unis, afin d’augmenter
l’influence américaine dans la région. Le régime de sanctions
imposé par l’ONU, à l’initiative des États-Unis et de la
Grande-Bretagne, continua d’être appliqué, outrepassant la
Convention de Genève qui interdit expressément de prendre pour
cible les populations civiles. Les contraintes imposées à l’Irak
rendaient la vie impossible aux irakiens et renforçaient
considérablement l’emprise de Saddam Hussein sur sa population. Il
put affamer son peuple à sa guise et ainsi le soumettre encore plus
à sa volonté. Les quelques privilégiés qui l’entouraient
avaient intérêt à le soutenir s’ils désiraient garder leur
statut. Pendant ce temps, les États-Unis se servirent de la « Bête
de Bagdad » dans tout le Moyen-Orient pour contracter de
nombreuses ventes d’armement chez les pays voisins qui s’équipèrent
dans le but de se défendre face à une hypothétique invasion de
l’Irak.
Au Congrès américain, le sénateur
démocrate Tom Lantos ne cacha pas son opinion au sujet de la
politique étrangère américaine en Irak. Il critiqua le
comportement laxiste de l’Administration Bush envers le régime de
Saddam Hussein qui avait fait croire à ce dernier qu’il avait
carte blanche pour envahir le Koweït42.
Un autre épisode dramatique de la
guerre du Golfe 2 fut l’utilisation d’uranium appauvri (320
tonnes), responsable de ce que l’on a désigné comme étant le
« syndrome du Golfe ». A l’époque, cela a
longtemps été nié par le département de la Défense (DoD)
mais par la suite cela fut avéré par un rapport intitulé
« Depleted Uranium in the
Gulf » (DoD 1998). Cependant
les conclusions du département de la Défense niaient toute
exposition des soldats américains à l’uranium appauvri
contrairement à un rapport du GAO en 200443.
Le pire étant que les soldats de l’armée américaine n’avaient
pas été informés de la composition et du danger représenté par
ces nouvelles armes américaines utilisées pour la première fois
contre l’Irak. Plusieurs d’entre eux ont inhalé ou ont
été en contact avec de l’uranium appauvri, cela a provoqué
divers symptômes.
L’uranium appauvri est un déchet
nucléaire radioactif représentant un problème pour la plupart des
pays utilisant l’énergie nucléaire en raison de son retraitement
fort complexe. Le complexe militaro-industriel
américain, en coopération avec le département de l’Énergie, a
donc recyclé cette matière radioactive pour créer un nouveau type
de projectiles dont la capacité de perforation est multipliée, ce
qui est très efficace pour percer des bunkers par exemple.
Les États-Unis se sont débarrassés de ce poison néfaste pour le
transmettre aux irakiens qui devront attendre 4,5 milliards d’années
avant de voir disparaître les éclats et les résidus de matières
radioactives. Ce n’est pas sans rappeler un autre épisode de
l’histoire américaine, avec l’utilisation de l’agent orange,
ou défoliant, au Vietnam.
En produisant un faux document pour
simuler la présence de troupes irakiennes près de la frontière
saoudienne, puis en instrumentalisant une mineure de 15 ans pour
manipuler le Congrès américain, les Etats-Unis ont encore prouvé
qu'ils n'avaient aucune forme de respect vis-à-vis du droit
international qu'ils prétendent incarner, promouvoir et défendre.
Mais il y a toujours pire, après l'utilisation d'uranium appauvri,
un embargo inique et génocidaire, voici un document émanant de la
Defense Intelligence Agency (DIA), agence de renseignements du
département de la Défense, laissant suggérer que les États-Unis
avaient prévu les terribles pertes civiles irakiennes qui seraient
occasionnées par le bombardement du système de retraitement de
l’eau en Irak, conjugué à l’embargo international imposé par
le Conseil de sécurité de l’ONU. Autant dire que l'horreur n'a
aucune limite.
Ce document de la DIA est daté au 21
janvier 1991 et fut déclassifié en 1995. Il a été analysé par
l’International Association of Genocide Scholars (IAGS) qui
souligne qu’il a été partiellement déclassifié, il en manque
donc une partie44. Ce rapport de la DIA, sous
couvert d’être un raisonnement logique permettant d’aboutir à
un résultat, et non à un plan, peut s’avérer être la démarche
à suivre pour aboutir à un génocide de masse. Son utilisation
étant à la seule appréciation de l’Administration américaine,
en l’occurrence celle du président Bush. Ce document intitulé
« Irak Water Treatment Vulnerabilities » (IWTV)
aborde la problématique et les conséquences d’une mise hors
service du système de retraitement en eau potable de l’Irak. La
qualité de l’eau irakienne non traitée est pauvre car elle est
forte en minéralisation et salinité ce qui engendre des diarrhées.
Or l’Irak dépend de l’importation d’équipements et de
produits chimiques pour purifier son eau. Ainsi l’échec du
ravitaillement en eau potable pourrait accroître les incidents sur
la majeure partie de la population et des industries dépendantes de
l’eau : pétrochimie, fertilisants, raffineries de pétrole,
électronique, et les secteurs pharmaceutique et alimentaire. Selon
l’IWTV, la dégradation totale du système de retraitement irakien
devait prendre 6 mois après l’opération Desert Storm.
Denis Halliday, un ancien coordonnateur
des opérations humanitaires en Irak, entre 1997 et 1998, démissionna
de son poste en qualifiant l’embargo du Conseil de sécurité de
l’ONU de génocide. Idem pour son successeur, de 1998 à 2000,
l’allemand Hans Von Sponeck45. Le virus de la
polio(myélite) est réapparu en Irak après la seconde guerre du
Golfe, alors qu’il avait été éradiqué. La polio provoque de la
fièvre, des douleurs musculaires, des maux de gorge, des sueurs et
des diarrhées. En 2 ou 3 jours s’installe la paralysie dans
certains membres ; un virus en somme qui, sans vaccination, peut
aboutir au décès. Tout cela, ajouté à la malnutrition et au
manque voire à l’absence de soins médicaux, allait fortement
toucher les jeunes enfants et les personnes âgées. Tout en voulant
demeurer prudent face à une si lourde accusation, avec le recul que
nous avons aujourd’hui, en 2006, et au vu des faits, nous pouvons
considérer que cette prudence n’est plus de mise. A la lueur des
derniers événements, le régime de Saddam Hussein aurait causé
moins de victimes irakiennes que la première guerre du Golfe, la
seconde guerre du Golfe (+ les sanctions de l’ONU), sauf à tenir
la « Bête de Bagdad » entièrement responsable de
tous ces événements et de leurs conséquences. Sans tenir compte du
rôle de hauts fonctionnaires américains et de l’Occident en
général, comme dans le procès de Saddam Hussein qui a débuté en
2005 en Irak.
Sources :
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2
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3
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- Annual Statistical Bulletin 2003, page 9. Dans
la première moitié des années 1980 le Koweït possédait la
deuxième réserve de pétrole prouvée au monde, dans la seconde
moitié la troisième, actuellement il s’agit de la 4ème réserve d'or noir.
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